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La Grande Descente de Noé dans la Forêt des Flocons

Illustration La Grande Descente de Noé dans la Forêt des Flocons

6-8 ans • 18 min

Noé, un jeune skieur plein d'enthousiasme, part s'entraîner dans une forêt enneigée avec sa renarde Alba. Entre bosses, virages serrés et surprises du bois silencieux, il apprend que le courage, l'écoute et l'entraide comptent plus que la vitesse.

Au bord d'une grande montagne couverte de neige, il existait une foret que tout le monde appelait la Foret des Flocons. Les sapins y etaient si hauts qu'ils semblaient vouloir chatouiller les nuages. L'hiver, leurs branches portaient de gros bonnets blancs, et les petits chemins entre les arbres devenaient des pistes secretes que seuls les animaux et les enfants tres attentifs savaient remarquer. Dans un chalet de bois tout pres de cette foret vivait Noe, un garcon de sept ans qui adorait le ski alpin. Il aimait le bruit leger de ses skis sur la neige, le souffle frais de l'air sur ses joues et surtout cette sensation de glisser comme une fleche douce sur les pentes blanches. Ce matin-la, Noe se leva avant meme que le soleil ne soit tout a fait reveille. Il enfila ses chaussettes chaudes, sa combinaison rouge, son casque bleu et ses gants bien epais. En bas, dans la cuisine, sa maman lui servit un bol de chocolat chaud qui fumait comme une petite cheminee. "Tu es bien matinal aujourd'hui", dit-elle en souriant. "Parce qu'aujourd'hui, je vais m'entrainer pour la Grande Descente de l'Hiver !" repondit Noe. Chaque annee, les enfants du village participaient a une petite course amicale sur une piste balisee pres de la foret. On l'appelait la Grande Descente de l'Hiver. Il n'y avait pas de coupe geante ni de medaille en or, juste un joli ruban argent et beaucoup d'applaudissements. Pourtant, pour Noe, c'etait un evenement tres important. L'annee precedente, il etait tombe dans un gros tas de neige en voulant aller trop vite dans un virage. Il ne s'etait pas fait mal, mais il avait perdu confiance. Alors cette fois, il voulait etre pret. Pas seulement rapide. Pret pour de vrai. Quand il sortit du chalet avec ses skis sur l'epaule, une petite renarde au pelage couleur miel l'attendait pres de la barriere. Elle s'appelait Alba. Noe l'avait deja croisee plusieurs fois dans les environs. Alba n'etait pas un animal ordinaire. Elle etait tres curieuse, tres maligne, et ses yeux brillaient comme deux perles ambrees. "Tu pars tot, Noe", semblaient dire ses yeux. Noe rit doucement. "Oui, Alba. Aujourd'hui, je m'entraine dans la foret. Mais pas n'importe comment. Je vais apprendre a bien tourner, a bien freiner et a garder mon calme." La renarde remua la queue, comme si elle approuvait cette excellente idee. Noe rejoignit le depart d'une petite piste qui passait entre les sapins. Ce n'etait pas la piste de la course, mais un endroit tranquille pour s'exercer. Le moniteur du village, monsieur Etienne, disait souvent : "Pour bien skier, il faut regarder loin, plier les jambes et surtout ecouter la montagne." Noe posa ses skis sur la neige, attacha ses chaussures, prit une grande inspiration et se laissa glisser. Au debut, tout alla tres bien. La neige etait douce. Le ciel etait clair. Le vent faisait juste assez de bruit pour donner envie d'aller un peu plus vite. Noe enchaina quelques petits virages. A gauche. A droite. A gauche. A droite. Son corps se souvenait de ce qu'il fallait faire. "Pas mal du tout", murmura-t-il. Alba trottinait le long du bord de la piste, entre les petits buissons arrondis par la neige. Plus loin, le chemin devenait plus etroit. Les arbres se rapprochaient. Le soleil passait entre les branches en longues bandes dorees. On aurait dit que la foret avait dessine des rayures de lumiere sur la neige. Noe ralentit un peu. Il se rappelait ce que sa maman disait toujours : "Le courage, ce n'est pas foncer tete baissee. C'est avancer en restant attentif." Il continua donc avec prudence. Soudain, il apercut devant lui une petite serie de bosses. Elles n'etaient pas tres hautes, mais elles arrivaient vite. Noe sentit son ventre se serrer. L'annee derniere, c'etait justement en voulant passer trop vite sur des bosses qu'il avait perdu l'equilibre. Il entendit presque la voix de monsieur Etienne dans sa tete : "Quand tu as peur, ne ferme pas les yeux. Respire. Regarde. Choisis ton chemin." Noe inspira profondement. Il plia les jambes. Il regarda l'espace le plus lisse entre deux bosses, puis il orienta ses skis avec soin. Une petite bosse. Puis une autre. Puis une derniere. Ses skis vibrerent un peu, mais il tint bon. Quand il arriva en bas, il leva les bras. "J'ai reussi !" Alba bondit joyeusement dans la poudreuse, envoyant une pluie de flocons autour d'elle. Encourage par cette victoire, Noe remonta a pied une petite partie de la pente pour recommencer. Une fois. Puis deux. Puis trois. A chaque passage, il se sentait plus stable. Ses virages devenaient plus ronds. Son freinage plus souple. Son regard plus calme. Apres un long moment, il s'assit sur une souche presque entierement recouverte de neige pour boire un peu d'eau. Le silence de la foret etait si profond qu'il pouvait entendre tomber la neige poudreuse des branches lorsqu'un oiseau se posait un peu trop fort. C'est alors qu'un drole de bruit arriva jusqu'a lui. "Piiip ! Piiip !" Noe tendit l'oreille. Le son venait d'un petit creux entre deux sapins. Il s'approcha et decouvrit un jeune lievre blanc, tout tremblant, avec une petite patte coincee sous une branche fine. "Oh, pauvre petit", dit Noe en s'agenouillant. Le lievre n'etait pas blesse gravement, mais il etait effraye. Noe posa ses batons dans la neige et souleva doucement la branche. Alba s'assit a cote, tres calme, pour ne pas faire peur au petit animal. Le lievre retira sa patte d'un coup et fit deux bonds en arriere. Il regarda Noe, renifla l'air, puis sauta encore une fois avant de disparaitre derriere un tronc. Noe sourit. "Bonne route, petit flocon sur pattes." Quand il se releva, il remarqua quelque chose d'etrange : en aidant le lievre, il s'etait eloigne du petit chemin qu'il connaissait. Devant lui se trouvait une pente nouvelle, plus sauvage, plus etroite, bordee de sapins tres serres. Alba, elle, observait cette direction avec beaucoup d'attention. "Tu crois que ca passe ?" demanda Noe. La renarde pencha la tete. Noe ne voulait pas prendre de risque. Il avanca de quelques pas, examina la neige, regarda l'inclinaison de la pente et chercha des obstacles caches. Il vit deux grosses pierres recouvertes de blanc, une souche sur la droite et un passage plus large au milieu. "Si je reste ici, en faisant des petits virages, ca peut aller", dit-il tout bas. Il decida d'essayer, mais tres lentement. Cette fois, sa descente fut differente. Il ne cherchait plus a aller vite. Il cherchait a comprendre la montagne. Chaque metre lui donnait une information. Ici, la neige etait plus molle. La, elle etait plus tassee. Ici, il fallait tourner plus tot. La, il valait mieux freiner avant le virage. Noe se mit a skier comme on ecoute une chanson nouvelle : avec attention. Un virage entre deux sapins. Un leger freinage. Une petite glisse toute douce. Une bosse contournee. Il commencait meme a trouver ce passage magnifique quand, tout a coup, un nuage de neige tomba d'une branche juste devant lui. Pendant une seconde, il ne vit plus rien. Son coeur fit un bond. Mais cette fois, Noe ne paniqua pas. Il ramena doucement ses skis en travers, freina, et s'arreta. Quand la neige retomba, il etait debout, stable, les joues rouges mais le sourire fier. "Avant, je serais tombe", souffla-t-il. Alba poussa un petit cri bref, comme un applaudissement de renarde. La pente debouchait sur une clairiere ronde, entouree de sapins couverts de givre. Au centre se dressait un vieux panneau de bois presque enfoui sous la neige. On pouvait encore y lire, grave en lettres un peu effacees : Clairiere des Aiguilles d'Argent. Noe n'etait jamais venu ici. C'etait un endroit splendide. Le soleil y brillait plus fort, et des milliers de minuscules cristaux scintillaient sur la neige, comme si quelqu'un y avait renverse une boite pleine d'etoiles. Au bord de la clairiere, il apercut une silhouette familiere. C'etait monsieur Etienne, qui verifiait les balises d'une autre piste. "Noe ?" s'etonna le moniteur. "Je ne m'attendais pas a te voir ici." Noe raconta sa matinée, les bosses, le petit lievre, le chemin inconnu et la descente prudente. Monsieur Etienne l'ecouta attentivement, puis il hocha la tete. "Tu sais ce qui me plait le plus dans ton histoire ?" "Que je ne suis pas tombe ?" proposa Noe. Monsieur Etienne rit. "Ca aussi. Mais surtout, tu n'as pas cherche a impressionner qui que ce soit. Tu as observe, reflechi, adapte ton ski. C'est exactement comme ca qu'on progresse." Noe sentit une chaleur agreable lui remplir la poitrine. Ce n'etait pas la chaleur du chocolat chaud, ni celle du soleil. C'etait la joie de comprendre qu'il etait en train de devenir plus fort pour de vrai. "Est-ce que je serai pret pour la Grande Descente ?" demanda-t-il. Monsieur Etienne regarda les traces laissees par Noe dans la neige. Elles n'etaient pas toutes parfaitement pareilles. Certaines etaient plus larges, d'autres plus serrees. Mais elles racontaient quelque chose d'important : l'effort, l'attention, le courage. "Oui", dit-il enfin. "Pas parce que tu seras le plus rapide. Mais parce que tu sauras quoi faire sur tes skis." En rentrant vers la piste principale, Noe s'entraina encore un peu sous l'oeil de monsieur Etienne. Virages serres. Virages larges. Arret d'urgence. Passage sur neige plus dure. Descente avec rythme regulier. A chaque exercice, Alba apparaissait un peu plus bas entre les arbres, comme si elle etait la gardienne secrete de son parcours. Quand l'apres-midi toucha a sa fin, le ciel devint rose et orange au-dessus de la foret. Les sapins projetaient de longues ombres bleutees sur la neige. Noe etait fatigue, mais c'etait une bonne fatigue, celle des jours bien remplis. Le lendemain arriva enfin la Grande Descente de l'Hiver. Tous les enfants du village se rassemblerent pres des fanions colores. Il y avait des combinaisons rouges, vertes, jaunes, des skis qui claquaient doucement, des casques brillants et beaucoup d'excitation dans l'air glace. Noe sentit le trac revenir. Ses mains se crisperent un peu dans ses gants. Puis il apercut, un peu plus loin, la lisiere de la Foret des Flocons. Entre deux troncs, Alba etait la, assise dans la neige, tres droite, comme si elle etait venue expres pour lui souhaiter bonne chance. Noe prit une grande inspiration. "Je n'ai pas besoin d'etre le plus rapide", se dit-il. "Je dois juste bien skier." Quand son tour arriva, il s'elanca. La premiere partie etait facile. Une pente large, quelques virages simples. Noe resta souple sur ses jambes. Puis vint un passage plus technique avec de petites bosses. Cette fois, il ne les attaqua pas n'importe comment. Il regarda loin devant, choisit sa ligne et garda son equilibre. Ensuite, un virage serre a gauche apparut, celui qui impressionnait beaucoup d'enfants. Noe pensa a la clairiere, au chemin inconnu, au nuage de neige tombe de la branche. Il freina au bon moment, tourna avec application et passa sans faute. Les spectateurs applaudirent. Sur la derniere ligne droite, il aurait pu essayer d'aller plus vite. Mais il sentit que ses skis commencaient a vibrer legerement. Alors il resta sage, garda une bonne position et termina la descente proprement, sans chute, sans peur, avec un grand sourire. Quand il franchit l'arrivee, sa maman l'embrassa sur le casque. "Je suis tres fiere de toi." Noe regarda le panneau des temps. Il n'etait pas premier. Il n'etait pas deuxieme non plus. Il etait troisieme. Et pourtant, il avait l'impression d'avoir gagne quelque chose de bien plus grand qu'un ruban. Monsieur Etienne s'approcha avec les resultats. "Bravo, Noe. Belle descente. Tres propre, tres intelligente." Un peu plus tard, au moment des felicitations, les organisateurs donnerent comme chaque annee un petit ruban argent au gagnant. Puis ils sortirent une surprise : un flocon de bois peint a la main, avec ces mots ecrits dessus : Prix du Coeur Courageux. "Cette annee", annonca la dame du village, "ce prix est pour un enfant qui a appris a depasser sa peur, a skier avec attention et a montrer qu'etre prudent peut etre une grande force." Elle leva le flocon bien haut. "Ce prix est pour Noe !" Noe ouvrit de grands yeux. Tout le monde applaudit encore plus fort. Meme les enfants qui etaient arrives avant lui taperent dans leurs gants avec enthousiasme. Noe recut son flocon de bois avec des joues toutes chaudes. Il regarda la foret au loin. Alba n'etait deja plus visible, mais il etait certain qu'elle l'avait vu. Le soir, de retour au chalet, il posa son prix sur le rebord de la fenetre. Dehors, la neige tombait doucement sur les sapins. Noe but une nouvelle tasse de chocolat chaud et raconta toute sa journee a sa maman. "Alors", demanda-t-elle, "qu'as-tu appris ?" Noe reflechit un instant. "J'ai appris qu'en ski, on peut aller loin sans aller trop vite. J'ai appris qu'avoir peur n'est pas grave, si on respire et qu'on reflechit. Et j'ai appris que la montagne parle a ceux qui l'ecoutent." Sa maman sourit. "Ce sont de tres belles lecons." Noe regarda encore une fois la Foret des Flocons, toute blanche dans la nuit bleue. Il savait qu'il y reviendrait. Pas seulement pour s'entrainer. Mais aussi pour retrouver le plaisir de glisser entre les arbres, d'apprendre pas a pas, et de sentir son courage grandir comme un petit feu tranquille. Et quelque part, entre deux sapins, une petite renarde couleur miel laissait de fines traces sur la neige, comme si elle dessinait pour lui le debut d'une prochaine aventure.

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