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Lila et le Coeur Vert de la Jungle

Illustration Lila et le Coeur Vert de la Jungle

6-8 ans • 21 min

En suivant un petit colibri dans la grande jungle, Lila part à la recherche d'une lumière mystérieuse cachée au coeur des arbres. Avec courage, douceur et intelligence, elle aide les animaux qu'elle rencontre et découvre qu'un vrai trésor peut faire grandir toute la forêt.

Lila avait six ans et des yeux curieux qui voulaient toujours tout regarder. Elle habitait au bord d'une immense jungle avec sa grand-mere Yara, dans une petite maison en bois posee entre les bananiers, les fleurs rouges et les grands palmiers. Chaque matin, Lila ouvrait les volets et la jungle lui disait bonjour. Les perroquets criaient joyeusement dans le ciel. Les singes se poursuivaient de branche en branche. Les grenouilles chantaient encore un peu pres de la riviere. Et le vent faisait danser les feuilles comme si toute la foret connaissait une chanson secrete. La grand-mere de Lila disait souvent : - La jungle parle a ceux qui prennent le temps d'ecouter. Lila essayait d'ecouter tres fort. Elle entendait le bruit de l'eau, le froissement des ailes, le bourdonnement des insectes, les noix qui tombaient parfois dans l'herbe. Mais elle se demandait toujours si la jungle avait encore autre chose a raconter. Un apres-midi, alors que le soleil passait en rayons dores entre les lianes, Lila vit apparaitre un tout petit colibri vert. Il brillait comme une goutte d'emeraude. L'oiseau volait devant elle, puis reculait, puis revenait, comme s'il voulait lui montrer quelque chose. - Bonjour, petit oiseau, murmura Lila. Tu t'es perdu ? Le colibri poussa un minuscule son aigu et fila vers le sentier. Lila regarda sa grand-mere, qui etait en train de tresser un panier sur le pas de la porte. - Mamie, je peux aller un peu plus loin dans la jungle ? Le colibri m'appelle. Grand-mere Yara leva les yeux, sourit et lui tendit une petite gourde d'eau. - Oui, mais suis les regles de la foret : marche doucement, observe bien, et aide ceux qui en ont besoin. - Je m'en souviendrai, promit Lila. Elle mit son petit chapeau de paille, prit sa gourde et suivit le colibri. Le sentier etait frais, couvert d'ombre verte. Des papillons bleus passaient devant son nez. De grosses racines sortaient de la terre comme les doigts d'un geant endormi. L'air sentait la mousse, la pluie ancienne et les fruits murs. Le colibri s'arreta bientot au bord d'un ruisseau. Sur une pierre, un jeune toucan battait des ailes d'un air triste. Une longue branche etait tombee juste devant son nid, bloque entre deux rochers. - Oh, je comprends, dit Lila. Tu ne peux plus passer. Le toucan la regarda avec espoir. Lila etait petite, mais elle savait reflechir. Elle observa la branche, les pierres, le courant. Puis elle ramassa un morceau de bois solide et s'en servit comme d'un levier. Elle poussa, glissa, reprit son souffle, poussa encore. - Allez... encore un peu... La branche roula enfin dans l'eau avec un gros plouf. Le toucan sauta de joie et poussa un cri si fort que plusieurs oiseaux s'envolerent autour d'eux. Puis il depose devant Lila une plume jaune et orange, magnifique comme un petit soleil. - Merci, dit Lila en la prenant. Je la garderai precieusement. Le colibri revint voleter devant elle. Il semblait dire : continue. Lila poursuivit son chemin. Plus loin, la jungle devenait plus epaisse. Les feuilles etaient si grandes qu'elles auraient pu servir de parapluie. Des gouttes d'eau glissaient encore sur leurs bords. Au loin, on entendait un grondement doux. Peut-etre une cascade. Soudain, un bruissement inquiet se fit entendre dans un buisson. Lila ecarta quelques fougeres et decouvrit un petit capucin coince dans des lianes. Il n'avait pas l'air blesse, seulement tres embarrasse. - Ne bouge pas, dit Lila. Si tu tires trop fort, tu vas serrer les noeuds. Le petit singe la regarda avec ses grands yeux ronds. Lila se mit a genoux. Elle suivit les lianes avec ses doigts, cherchant ou elles se croisaient. Elle en denoua une, puis deux, puis trois. Le capucin put sortir une main, puis une jambe, puis fit un bond agile jusqu'a une branche basse. Il poussa un cri de bonheur, puis disparut une seconde avant de revenir avec un fruit violet aux reflets brillants. - Pour moi ? demanda Lila. Le capucin hocha la tete tres vite. - Merci, petit ami. Elle rangea le fruit dans sa poche a cote de la plume. Le colibri tourna autour de sa tete et repartit. - D'accord, d'accord, j'arrive, rit Lila. Le chemin montait maintenant legerement. La chaleur etait plus forte, mais une brise passait de temps en temps entre les troncs. Lila but une gorgee d'eau. Elle commencait a se demander ou le colibri voulait la mener. Au bout d'un moment, elle arriva pres d'une grande mare ronde. Des nenuphars y flottaient tranquillement. Sur le plus grand, une grenouille verte gonflait ses joues d'un air inquiet. Pres du bord, un bebe caiman pleurait tout doucement. Il ne pouvait pas rejoindre sa maman, qui l'attendait de l'autre cote, car un tapis de branches cassees et de roseaux l'empechait d'avancer. Lila regarda autour d'elle. Il y avait un long bambou tombe au sol. - Je crois que j'ai une idee. Elle poussa le bambou jusqu'au bord de l'eau, puis le fit glisser doucement sur les branches pour creer un petit passage stable. - Vas-y lentement, dit-elle au bebe caiman. Le petit caiman posa une patte, puis deux, puis traversa le pont improvise en remuant la queue. Sa maman poussa un souffle rassure. La grenouille bondit de joie et offrit a Lila une minuscule fleur blanche parfumee qui poussait entre deux pierres. - Merci, dit encore Lila en plaquant la fleur contre son coeur. Maintenant, elle avait une plume, un fruit violet et une fleur blanche. Trois cadeaux de la jungle. Le colibri l'emmena plus loin encore, jusqu'a un endroit ou les arbres etaient si hauts qu'on voyait a peine le ciel. Le silence etait different ici. Ce n'etait pas un silence vide. C'etait un silence d'attente, comme si la jungle retenait son souffle. Au milieu d'une clairiere se trouvait un arbre immense. Son tronc etait si large que six adultes n'auraient pas pu l'entourer avec leurs bras. Son ecorce brillait d'un vert brun tres ancien. Des lianes pendaient comme des rubans. Et, juste en son centre, dans un creux rond, palpitait une lumiere douce. Lila s'approcha lentement. - C'est donc ici... Le colibri se posa sur une branche. La lumiere dans le tronc trembla legerement, comme une flamme sans feu. Lila tendit la main sans toucher. La clairiere etait belle, mais quelque chose n'allait pas. Des feuilles sechees couvraient le sol. Plusieurs petites plantes pendaient tristement. Meme les oiseaux ne chantaient pas. Alors une voix grave et tendre s'eleva autour d'elle. Elle semblait venir de partout a la fois : des racines, des feuilles, de la terre humide. - Petite marcheuse, merci d'etre venue. Lila sursauta, mais n'eut pas peur. - Qui parle ? - Je suis le Coeur Vert de la Jungle, dit la voix. Depuis tres longtemps, je garde la memoire de cette foret. Mais ma lumiere faiblit. Les animaux le sentent. Les plantes le sentent. C'est pour cela que le colibri t'a guidee jusqu'ici. Lila regarda la lueur qui battait faiblement. - Comment puis-je t'aider ? - La jungle grandit grace a trois forces, repondit la voix. L'entraide, la joie partagee et la douceur. Tu les as deja recueillies sans le savoir. Lila ouvrit grand les yeux. - La plume... le fruit... la fleur ? - Oui, dit le Coeur Vert. La plume vient de l'entraide. Le fruit vient de la joie. La fleur vient de la douceur. Si tu les deposes ensemble dans mes racines, ma lumiere pourra se reveiller. Lila s'agenouilla aussitot. Avec beaucoup de soin, elle posa la plume jaune et orange pres du tronc. Puis le fruit violet. Puis la petite fleur blanche. Pendant un instant, rien ne se passa. Lila retint son souffle. Puis la terre emmit un leger frisson. Une racine se mit a luire doucement. Puis une autre. Puis dix autres encore. La lueur grimpa le long du tronc comme un ruisseau de printemps. Les feuilles au-dessus d'elle s'illuminerent d'un vert dore. Les lianes se mirent a scintiller. La clairiere entiere s'emplit d'une lumiere tendre, ni forte ni eblouissante, mais vivante. Un vent leger souffla dans les branches, et tout a coup la jungle recommenca a chanter. Les oiseaux lancerent leurs appels clairs. Les insectes bourdonnerent comme de petits instruments. Les grenouilles reprirent leur concert. Au loin, des singes rire. De nouvelles petites pousses sortirent du sol sous les yeux de Lila. Des fleurs s'ouvrirent en silence. Une odeur fraiche, verte et sucree se repandit dans l'air. Le Coeur Vert parla de nouveau, plus fort maintenant. - Tu nous as rappele quelque chose de precieux, Lila. La jungle ne devient pas belle parce qu'elle est grande. Elle devient forte quand chacun prend soin des autres. Lila sourit. - Alors ce n'etait pas un tresor cache ? - Si, repondit la voix avec douceur. Mais les plus grands tresors ne brillent pas toujours comme de l'or. A ce moment-la, les animaux qu'elle avait aides arriverent un a un dans la clairiere. Le jeune toucan se posa sur une branche basse. Le petit capucin descendit d'un arbre avec souplesse. La grenouille sauta pres d'un tapis de mousse. Le bebe caiman avanca en remuant joyeusement la queue, sous l'oeil attentif de sa maman. Et bien d'autres encore apparurent entre les fougeres : un tatou timide, un paresseux au sourire paisible, deux aras rouges, une famille d'agoutis, et meme un vieux jaguar tachete qui resta a distance respectable, les yeux calmes et sages. Tous regardaient Lila. Elle se sentit soudain un peu petite au milieu de tant d'animaux. - Euh... bonjour, dit-elle. Le capucin applaudit. Le toucan poussa un cri joyeux. Les aras battirent des ailes. Meme le vieux jaguar inclina lentement la tete, comme un roi tres poli. Le Coeur Vert dit alors : - La jungle veut te remercier. Au pied de l'arbre, entre deux racines eclairees, quelque chose apparut. C'etait une petite graine lisse, ronde, vert clair, pas plus grosse qu'une bille. Lila la prit dans sa paume. - Qu'est-ce que c'est ? - Une graine d'aube, repondit la voix. Plante-la pres de chez toi. Tant qu'on en prendra soin avec patience et bonte, elle rappellera a tous que la nature et les coeurs grandissent mieux ensemble. Lila referma delicatement ses doigts sur la graine. - Je te le promets. Le soleil etait deja plus bas quand elle reprit le chemin du retour. Cette fois, le sentier lui parut moins mysterieuse. Ou plutot, il lui semblait encore plus vivant qu'avant. Elle remarquait tout : les fourmis en file sur l'ecorce, les gouttes suspendues au bout des feuilles, les traces fines d'un lezard dans la boue, le parfum des fleurs qui s'ouvraient pour le soir. Le colibri l'accompagna jusqu'a la lisiere de la jungle. Avant de partir, il vola juste devant son visage, immobile pendant une seconde, comme une toute petite etoile verte. - Merci de m'avoir guidee, lui souffla Lila. Puis il fila dans les derniers rayons du jour. Quand Lila retrouva la maison, Grand-mere Yara etait assise devant la porte. Elle semblait l'attendre depuis longtemps, sans etre inquiete. - Alors ? demanda-t-elle. Qu'a raconte la jungle aujourd'hui ? Lila s'assit tout pres d'elle et raconta tout : le toucan, le capucin, le bebe caiman, la clairiere, l'arbre immense, la voix profonde, la lumiere revenue, et la petite graine d'aube reposee au creux de sa main. Grand-mere Yara ecouta sans l'interrompre. Quand Lila eut termine, elle sourit de ce sourire qui connaissait deja un peu les secrets du monde. - Je me demandais quand le Coeur Vert t'appellerait, dit-elle. - Tu savais qu'il existait ? s'exclama Lila. - Les anciens le savent, repondit sa grand-mere. Mais chacun doit le rencontrer a sa maniere. Cette nuit-la, juste avant que les etoiles remplissent le ciel, Lila et sa grand-mere planterent la graine d'aube a cote de la maison, entre un hibiscus et un jeune manguier. Lila versa un peu d'eau dessus. - Bonne nuit, petite graine, murmura-t-elle. Le lendemain matin, elle courut dehors pieds nus dans l'herbe encore humide. A l'endroit ou elles avaient plante la graine, une petite pousse verte etait deja sortie. Elle etait minuscule, mais ses deux feuilles brillaient doucement a la lumiere du matin. Chaque jour, Lila alla s'en occuper. Elle l'arrosait, retirait les mauvaises herbes autour, lui parlait parfois en secret. Elle racontait a la pousse ce qu'elle avait vu dans la jungle, quels oiseaux etaient passes dans le ciel, combien de papillons s'etaient poses sur les fleurs. La pousse grandit. Au bout de quelques semaines, elle devint un petit arbuste. Au bout de quelques mois, il portait des feuilles d'un vert lumineux qu'on ne voyait sur aucun autre arbre. Et bientot, quelque chose d'extraordinaire se produisit. Les voisins qui passaient devant la maison ralentissaient toujours un peu. Ils parlaient moins fort. Ils souriaient davantage. Les enfants s'asseyaient a son ombre pour partager leurs jeux. Les adultes y deposaient parfois un fruit, une fleur, ou un bol d'eau pour les oiseaux. Meme les disputes semblaient se calmer plus vite dans ce coin-la. Comme si l'arbre rappelait doucement a chacun de devenir un peu plus attentionne. Un soir, alors que le ciel devenait orange, Lila regarda son arbre avec fierte. - Mamie, dit-elle, tu crois que la jungle peut venir jusque chez nous ? Grand-mere Yara posa une main sur son epaule. - Quand on apprend vraiment a l'aimer, la jungle ne reste jamais seulement dans les arbres. Elle entre dans notre facon de regarder, d'aider, de partager. Lila reflechit a cela tres serieusement. Elle pensa au toucan, au petit singe, au bebe caiman, au vieux jaguar, au colibri vert. Elle pensa a la lueur dans le grand arbre. Et elle comprit que le secret du Coeur Vert n'etait pas fait pour rester cache. Le lendemain, elle emporta un panier rempli de petits noyaux, de graines et de jeunes pousses que sa grand-mere lui avait prepares. Avec les autres enfants du village, elle planta des fleurs pres du chemin, un arbuste pres du puits et deux jeunes arbres vers l'ecole. Elle montra comment arroser sans gaspiller, comment laisser des coins tranquilles pour les insectes, comment ne pas casser les petites branches inutilement. Les enfants trouvaient cela amusant. Ils donnerent des noms a certaines plantes. Ils surveillaient les bourgeons comme on attend une surprise. Bientot, le village entier devint plus vert, plus fleuri, plus vivant. On y entendait davantage d'oiseaux. On y voyait plus de papillons. Et partout, on se souvenait qu'un geste attentionne, meme petit, pouvait aider quelque chose a grandir. Parfois, certains soirs tres calmes, quand le vent passait juste comme il fallait dans les feuilles, Lila croyait entendre de nouveau la voix du Coeur Vert de la Jungle. - Merci, petite marcheuse. Alors elle levait les yeux vers les grands arbres au loin et repondait tout bas : - Je n'ai pas fini. Je continue. Et c'etait vrai. Car Lila avait compris une chose que beaucoup d'adultes oublient parfois : pour rendre le monde plus beau, il n'est pas toujours necessaire d'etre grand, fort ou extraordinaire. Parfois, il suffit d'ouvrir les yeux, d'ecouter vraiment, et d'aider avec un coeur sincere. Et au fond de la jungle, dans la clairiere secrete ou brillait la vieille lumiere, le Coeur Vert battait de nouveau, paisible et joyeux, au rythme de tous ceux qui prenaient soin du vivant. Depuis ce jour, la jungle eut un chant un peu plus clair. Et dans ce chant, si l'on ecoutait tres attentivement, on pouvait presque entendre le froissement d'une plume, le parfum d'une fleur, le rire d'un singe, et les pas legers d'une petite fille qui avait suivi un colibri jusqu'au plus tendre des tresors. Fin.

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